jeudi 19 juillet 2012

La femme gelée

"Femmes grignoteuses, toujours démasquées, que des frustrées, des infantiles, satisfactions orales en catimini hou les vilaines manières.
Moi je crois que les bouts de chocolat et de fromage en douce, les lichées de pâte à même le saladier ont sauvé ma part de faim. Le grignotage c'était mon tout-prêt à moi, sans assiette ni couvert qui rappelle le rite de la table, une revanche sur l'éternité de mangeaille à prévoir, acheter, préparer."
Annie Ernaux
Ce contact m'a glacée, j'étais devenue, en lisant, moi aussi une femme gelée.

mercredi 11 juillet 2012

Devinette

"Les trois hommes firent un pas en arrière. Mr R. me fit vivement passer derrière lui : la folle lui sauta à la gorge et lui imprima ses dents dans la joue : il y eut une lutte. C'était une femme de haute stature, presque aussi grande que son mari, et, de plus, assez corpulente : elle fit preuve dans cette lutte, d'une force presque virile, car elle l'étrangla à moitié. Certes, il s'en serait rendu maître par un coup bien dirigé ; mais ne voulant pas la frapper, il ne pouvait que l'empêcher de nuire. Enfin, il put lui saisir les bras : Grâce Poole lui passa une corde, et on lui attacha les mains derrière le dos, puis on la lia sur une chaise. Pendant ces diverses opérations, elle ne cessait de pousser des cris furieux, et de se débattre convulsivement. Quand il eut fini, Mr R. se tourna vers les spectateurs et dit avec un sourire amer :
- Voici ma femme."

Alors, qui est Mr R. ?

jeudi 14 juin 2012

Les Hauts de Hurle-Vent

"Je remarque, quand je parais en sa présence, que les muscles de sa face se contractent involontairement et prennent une expression de haine, haine qui vient en partie de ce qu'il connaît les bonnes raisons que j'ai  d'éprouver pour lui ce même sentiment, et en partie d'une aversion originelle. Cette aversion est assez forte pour me donner la quasi-certitude qu'il ne me pourchassera pas à travers l'Angleterre si je parviens à m'échapper ; il faut par conséquent que je m'éloigne tout à fait. Je suis revenue de mon désir primitif d'être tuée par lui : j'aimerais mieux qu'il se tuât lui-même ! Il a complètement éteint mon amour, je suis donc à mon aise. Je puis pourtant encore me rappeler combien je l'ai aimé ; je puis même vaguement imaginer que je pourrais continuer à l'aimer, si ..."
Emily Brontë, traduit par Frédéric Delebecque, éditions de Fallois

Musique de Kate Bush, images du film de Kosminsky

Fascinant d'amour et de noirceur.

mercredi 6 juin 2012

L'introspecteur

Je l'ai retrouvé en faisant le ménage de printemps. Un long tuyau noir muni d'une petite ampoule lumineuse. Cet appareil nous donne la vision de notre intérieur : la manipulation n'est pas très agréable, mais elle n'est pas douloureuse. L'intérieur de soi, alors éclairé, se révèle enfin : je suis mosaïque à taches rouges ...

sebok.be
600 × 450 - Research of harmony Összhang keresés Introspection Magàban szàllàs

samedi 5 mai 2012

Qui a écrit ?

"Cet agacement insurmontable devant ma mère, toutes les horreurs dont je l'accuse, sa vulgarité, ses histoires en dessous, ses pensées égoïstes et morbides, sa bondieuserie, je sais que tout cela me cachera à tout jamais ses qualités."
Un indice à chaque proposition, sauf si c'est la bonne ...

mardi 1 mai 2012

L'essentiel


Le rendez-vous de trop ?
Non, mais elle avait envie de fumer, alors elle s’est levée et a quitté la salle du restaurant.
Je regardais les ferronneries de la maison en face, en attendant son retour.
Elle s’est assise, un petit sourire, je ne sais plus si elle a parlé.
Que lui répondre ?
Constater que la conversation s’était épuisée, les sujets travail, enfants, loisirs déjà évoqués.
Ce qui nous avait rapproché ne s’est pas manifesté.
C’était quoi au juste ?

samedi 21 avril 2012

Saturne

d'Eduardo Halfon, éditions meet, "les bilingues", traduit de l'espagnol par Françoise Garnier
"Votre colère lors de notre ultime bagarre, père, me dévore encore. Vos cris résonnent encore en moi comme ces coups de tonnerre qui précèdent la pluie, la pluie qui jamais ne cesse. Insultes et menaces et condamnations. Taillées par un géant. Vous avez avoué, père, votre désir de vous venger de moi. Vous me l'avez crié, vous en souvenez-vous ?"
"Su còlera durante nuestra ùltima batalla, padre, todavìa me està consumiendo. Sus gritos retumban en mì como los truenos que preceden la lluvia, la lluvia que jamàs escampa. Insultos y amenaza y condenas. Como las de un gigante. Admitiò usted, padre, su deseo de vengarse de mì. Asì me lo gritò, Se recuerda ? "
Mon clavier n'est pas hispanique, vous pardonnerez les accents. Ce texte est une lettre adressée au père du narrateur. "Des réflexions sur le suicide, et sur mon père, me hantent." Une lettre où les suicides des écrivains sont égrainés, comme la litanie des saints.