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vendredi 24 novembre 2017

Chambre froide


Aujourd'hui, on a appris un truc insensé : on a retrouvé Berthe Thiler morte, dans la chambre froide du bas ! Incroyable !
Elle a été assommée par les cartons qui lui sont tombés dessus. Elle n'a pas supporté le froid pendant deux jours... c'est affreux !

Vraiment un accident stupide, c'est la conclusion de tout le monde. Évidemment, la direction le trouve regrettable, va mettre en place des mesures pour cela ne puisse pas se reproduire, et propose à tout le personnel une cellule d'aide psychologique.
Une messe est prévue la semaine prochaine pour rendre un dernier hommage à la victime.
Dans le journal local, le sujet a fait la une, quand même, mais pas les jours suivants, la police n'ayant pas grand chose à raconter.

Je suis allée à la messe, bien obligée. Il ne manquait personne ! Ce qui était drôle, c'était de regarder qui était au premier rang, pas loin des officiels : encore quelques privilèges à espérer ?
Moi, j'étais au milieu, à côté de Dominique.  Derrière moi, ça chuchotait pas mal : " mais qu'est-ce qu'elle faisait là un vendredi soir ?". À la sortie, j'ai croisé le regard de Mickaël, je suis restée distante.

Dominique m'a proposé de prendre un café en sortant, il voyait bien que ça n'allait pas fort. J'ai accepté, pas très malin ! Bref, j'ai commencé à pleurer, il m'a consolé : il pense que c'est le contre coup de la mort de Thiler. Si seulement il savait ! Quand il m'a embrassée, je me suis laissée faire. J'ai regretté aussitôt... Un mélange de café et d'ail !

Mickaël veut me voir absolument, il est sûrement au courant pour Dominique. Je vais le laisser mariner un peu, bien fait pour lui !

J'ai pris un pot avec Nadine. Elle est en boucle sur le moment où elle a découvert le corps, pourtant ça fait plus d'un mois. " Je suis entrée, j'ai allumé, je suis allée vers le fond, j'ai vu un pied dépasser entre les étagères, j'ai hurlé."

Bon, Dominique m'agace franchement. Il voulait qu'on se revoit, j'ai prétexté manquer de temps cette semaine, alors il m'a attendue devant ma voiture. " Tu me déposes ?" Je lui ai fait la gueule jusqu'à chez lui, et puis finalement je suis montée. Grosse scène, comme quoi je ne sais pas ce que je veux, que je suis une allumeuse. Je ne savais plus quoi faire pour le calmer, il m'a fait ensuite le grand jeu, que je comptais énormément pour lui. Bref... ça va être compliqué !

Finalement, j'ai parlé avec Mickaël. En fait, ce qu'il voulait me dire concerne Thiler. Le fameux vendredi, il s'est justement retrouvé avec elle dans la chambre froide. Elle l'avait appelé pour une histoire de stock à contrôler. Mais, assez vite, il a compris que ce n'était qu'un prétexte pour l'engueuler. Ça l'a chauffé et il est parti en claquant la porte. Et le lundi, elle était morte. Il est sûr de l'avoir tuée !
Mickaël veut se dénoncer, il dit qu'il y a sûrement ses empreintes sur la poignée de la porte. Je lui ai dit que je sortais avec Dominique, et je lui ai fait comprendre que c'est à lui que je tenais, malgré tout. Ça lui passe complètement au dessus !

Dominique s'impatiente... alors j'ai accepté de le retrouver en cachette comme les gamins. On était tous les deux dans la chambre froide, moi pas très rassurée. C'est évidemment à ce moment là que Nadine est entrée. Dominique, tranquille, a pris une boîte au hasard, et il est sorti, en éteignant la lumière, comme à son habitude. C'est bien le seul !  Sympa pour sortir discrètement ...

J'ai appelé Mickaël, il est en vacances. Il essaye d'oublier cette histoire, il ne dira rien à la police, puisque l'affaire est classée, mais il est sûr qu'il y a un problème.

 Hier soir, en regardant la télé dans le noir avec Dominique, un truc me turlupinait, mais je n'ai pas trouvé quoi. On s'est couché sans que cela me revienne.

samedi 1 février 2014

Concordance des temps

Elle est dans la salle d'attente. Tout à l'heure, la gynécologue l'appellera, elle sortira de cette consultation avec sa déclaration de grossesse.
Puis elle rejoindra son père, et l'accompagnera jusqu'à son dernier souffle.

dimanche 9 septembre 2012

Bientôt

Bientôt, ce sera terminé. Il vient de me l'annoncer, comme une évidence. Moi, je reformule pour être sure d'avoir bien compris. Décidément, on en apprend tous les jours !
La surprise passée, l'onde se propage, souterraine.
Alors, je réalise. Le combat va bientôt s'achever. Un soulagement, le danger définitivement éloigné. En même temps, je perds ma meilleure ennemie. Contre qui m'arc-bouter ? Elle quitte l'arène, je m'effondre dans la poussière.
"C'est cela, pas de grossesse spontanée après cinquante ans."

mardi 1 mai 2012

L'essentiel


Le rendez-vous de trop ?
Non, mais elle avait envie de fumer, alors elle s’est levée et a quitté la salle du restaurant.
Je regardais les ferronneries de la maison en face, en attendant son retour.
Elle s’est assise, un petit sourire, je ne sais plus si elle a parlé.
Que lui répondre ?
Constater que la conversation s’était épuisée, les sujets travail, enfants, loisirs déjà évoqués.
Ce qui nous avait rapproché ne s’est pas manifesté.
C’était quoi au juste ?

dimanche 15 avril 2012

TGV



Adèle dans le TGV, prend un café au bar. Tailleur rose pâle très moulant, escarpins roses. Elle sourit d’être avec les autres, comme les autres, que certains hommes louchent sur son décolleté. Les cheveux sont rassemblés dans un chignon, on devine à peine qu’ils sont crépus. Elle est heureuse. Elle revient d’un congrès à Paris, levée tôt, course pour déposer Samuel chez la nounou. Reste à rejoindre la voiture, garée loin des parcmètres, faire la route pour retrouver la maison. Samuel sera déjà couché, Fred aura dîné. Elle aura passé une journée exaltante.
Parmi les clients du bar, une  femme, mal fagotée, la regarde avec insistance et semble la juger. Elle lui répond du regard. Oui, elle veut être vue. Oui, elle joue de sa féminité. Non, elle ne souffre pas dans ses chaussures. Non, sa coiffure plaquée ne lui fait pas mal à la tête. C’est très bien comme ça. C’est le prix de l’assimilation, comme dit son père.

samedi 28 janvier 2012

Hiver

Le froid va remplacer la neige dans la nuit de samedi à dimanche © MAXPPP
C’est étrange les dates, artificiel et magique. Le jour de mon anniversaire, par exemple, est bien un jour comme les autres. Il est rare d’ailleurs que je me souvienne de mes anniversaires passés, encore moins des cadeaux reçus. Désolant ! Mais chaque fois, je vois un cap, des résolutions à tenir, comme si ce jour-là avait le pouvoir de me faire changer. Cette année, c’est étonnant, j’ai l’âge de l’année de naissance de ma mère, et ma mère a l’âge de mon année de naissance. Ce n’est sans doute pas un mystère pour les matheux, mais moi, j’y vois un signe. Peut-être que je ne l’oublierai pas. Le comble, car justement, je n’ai pas fêté mon anniversaire.  Cette année, je me suis rendue à la clinique voir ma mère.
Nous nous sommes décidés au dernier moment, car il avait beaucoup neigé. Les champs étaient encore blancs, la route était bien dégagée. Les congères donnaient au plat paysage l’illusion des sommets. On arriva le soir en ville, pataugeant dans la neige sale, mais les réverbères et les guirlandes rendaient la nuit moins austère. J’étais tendue, sans doute de m’être cramponnée à mon volant plusieurs heures : tout peut arriver quand il neige.
Etre à la maternité pour voir sa mère, le jour de son anniversaire, n’est-ce pas cocasse ? Je suis née un peu en avance, je n’étais pas un gros bébé. Ma mère a voulu m’allaiter, mais ses mamelons avaient une forme ombiliquée, et cela n’avait pas été possible. Comble de malchance, je ne supportais pas le lait de vache. Comment ma mère a-t-elle vécu ce premier séjour à la maternité ?
Cette année, encore la malice des chiffres, mon fils a eu dix ans.  Il est devenu un grand, il peut monter à l’avant de la voiture. On a fait une grande fête, avec beaucoup d’invités et de cadeaux. S’en souviendra-t-il ? Moi, j’étais maman depuis dix ans. D’ailleurs, ne fête-t-on pas plutôt la commémoration d’une rencontre, la rencontre avec son premier-né, qui bouleverse l’existence, la rencontre avec chacun des êtres qui nous sont chers ? Les parents fêtent le jour de la naissance, les amoureux le jour de leur premier regard. Mais pour soi-même, marquer et fêter le temps qui passe ne tient que par le renouvellement de nos espoirs.
En fait, cette année, pour mon anniversaire, je n’ai fait que traverser la maternité, car ma mère était hospitalisée dans l’aile de chirurgie. Une opération du sein. Les radiologues ont été embêtés pour l’injection du produit de contraste, car les mamelons étaient ombiliqués. L’opération s’est bien passée, mais je n’ai été tranquille que lorsque nous étions tous réunis à la maison.  La neige fondait.
J’ai décidé que cette conjonction de chiffres n’était pas un hasard, et qu’elle était signe de chance, pour nous tous.

vendredi 10 juin 2011

Janie (suite)


« Découverte macabre à Champagnol » : c’est affiché sur tous les bords de route, devant les marchands de journaux. Ce qui a été un choc terrible pour moi, c’est de retrouver Janie au cours de gym. Comment est-ce possible ?
Je l’ai tué hier, chez elle. Aucun doute, sur la sonnette figurait bien son nom « Dominique Najide ». Elle m’a ouvert, un peu surprise, mais m’a proposée un café. Je l’ai suivie dans la cuisine, et je l’ai poignardée quand elle s’est tournée vers les tasses. J’ai réussi à couper la tête, avec beaucoup de difficulté : je la garde d’ailleurs près de moi, dans un sac.
Je me suis sentie enfin soulagée. Je ne verrai plus jamais ce double sourire, cette double menace. Je ne craignais plus rien, Janie était morte.
Alors, tout à l’heure, quand je l’ai vue au cours de gym, j’ai cru m’évanouir. La soi-disant Claude était dans tous ses états : « Quel horrible crime. Comment peut-on être aussi cruel ? » Etait-ce son fantôme ? Cette femme possède-t-elle deux corps ?
Je tremble d’avoir percé son mystère : c’est un monstre, venu me persécuter.
Demain, j’irai chez Claude Caïnje, et je la tuerai.

Quand j’ai appris qu’on avait retrouvé le corps décapité d’une deuxième femme à Champagnol, j’ai été terrorisée. Un malade mental s’amuse à découper ses victimes dans la ville où je vis.  J’étais déjà très touchée par la mort de Dominique, on travaillait ensemble depuis une dizaine d’années. Je ne voyais pas qui pouvait s’en prendre à elle, c’était quelqu’un sans histoire. J’ai lu dans la presse le récit de son meurtre, puis celui de la deuxième victime. Je cherchai à comprendre, à trouver des points communs : les deux étaient célibataires, l’une était secrétaire, l’autre professeur de gymnastique. C’est alors que j’ai ressenti un haut le cœur : quelqu’un m’avait déjà demandé si ces deux femmes se ressemblaient. Mais qui ?

dimanche 5 juin 2011

Janie

Janie prétend qu’elle s’appelle Claude. Elle est devant moi, elle donne un cours de gymnastique douce. « On respire, on se redresse, voilà ». Elle fait comme si je ne savais pas. De mon côté, je l’appelle Claude, comme tout le monde. En même temps, je vois bien qu’elle est encore contrariée. On s’est disputées une heure plus tôt, normal qu’elle s’en souvienne.
Sauf que tout à l’heure, elle se faisait appeler Dominique. On était toutes les deux au bureau, et comme souvent, on s’est fâchées.
Comment fait-elle pour vivre ses deux vies, sans se mélanger les pinceaux ?
Elle ne se trompe jamais. Un jour, pour voir, je l’ai appelée « Claude » dans le couloir : elle a continué son chemin.
Je sais qu’elle sait que je sais.  Je suis la seule à savoir qu’elle s’appelle en réalité Janie. Personne d’autre que moi ne la connais sous ce prénom. Parfois, j’ai peur. Cette double vie si parfaite cache quelque chose. Peut-être qu’un jour elle voudra éliminer un témoin gênant. Peut-être qu’il faudra que je prenne les devants.
Je ferai bien d’en parler. J’ai déjà essayé.  « N’importe quoi, elles ne se ressemblent pas du tout » m’a dit un jour Thérèse, que j’avais amenée au cours de gym. J’avoue qu’elle m’a fait douter.
Mais alors, comment expliquer le fait qu’elle garde de la rancœur contre moi le soir, quand on s’est accrochées dans la journée ? Et pourquoi un grand sourire au cours de gym les fois où on a bien rigolé  à la pause café ?
Je ne lui en ai jamais parlé. C’est tellement troublant pour moi. Dans un sens, je suis heureuse de partager son secret, notre secret.
Janie, moi seule te connais vraiment.