de Nina Berberova, éditions actes sud.
"Au plus profond d'elle-même - et c'était cela qui faisait de ces trois minutes (ou peut-être quatre ?) un moment de félicité -, tout son être délassé, détendu par le sommeil, se tournait soudain avec calme et attention dans une direction où il semblait qu'il n'y eût rien auparavant : elle regardait et voyait la vie, ce courant qui était aussi en elle, et, dans cette sensation de joie étouffante, abandonnant ce reflet fantomatique d'elle-même qu'elle s'était imaginé un jour, elle ne faisait qu'un avec l'univers tout entier, le soleil qui se lève, les cris des oiseaux, tout ce qui est et demeurera sans fin."
Un vrai bonheur à lire ...
Lire et écrire : on apprend ça à l'école. Je suis toujours une apprentie lectrice et écrivante, dans le lieu où je vis, la Jutière. Ce blog pour continuer avec et par d'autres amateurs de mots, sur un clavier. Bienvenue à vous.
mercredi 18 janvier 2012
vendredi 13 janvier 2012
Le portrait
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| http://berthaux.blogspot.com/ |
Nouvelles de Pétersbourg, Gogol, éditions Folio classique
samedi 7 janvier 2012
Le principe de réalité selon Dorn
"Avant de quitter Berlin, il fallait qu'Alfred établisse des listes où il inscrirait tout ce qui était susceptible de disparaître, afin que toute tendance à disparaître puisse être détectée à temps et qu'il puisse intervenir. Il n'avait pas encore surmonté le choc qu'il avait reçu en apprenant que le professeur avait brûlé toutes ses lettres. Tout ce qu'il ne conservait pas lui-même finissait par être détruit. La réalité est un processus de destruction. Ce qu'on appelle le principe de réalité est un système destiné à transfigurer ce processus de destruction. Pour éviter que les gens ne se mettent à pousser des cris de douleur, et ne s'arrêtent plus jamais de crier, on les habitue à penser que le temps qui passe apporte plus de choses agréables que de choses mauvaises. En réalité, c'est le contraire, mais il faut le gommer et le transfigurer. Il ne pouvait tout de même pas quitter Berlin sans savoir quelle musique on avait jouée pour les obsèques de sa mère !"
Martin walser, Dorn ou le musée de l'enfance, éditions Robert Laffont.
Martin walser, Dorn ou le musée de l'enfance, éditions Robert Laffont.
mercredi 4 janvier 2012
L'île
"Il la regarda. Ce mot jouer, quelle trouvaille ! Ce mot seul, c'était tout un peuple, toute une civilisation ! Quel air innocent il avait ! On faisait une partie de cache-cache avec Itia sous les fougères géantes, et quand on l'avait attrapée, on jouait. Adamo et Itia, nus et enfantins sur la mousse comme deux bébés sur un tapis ... Jouer ! Jouer ! La vie entière n'était qu'un jeu. le matin, quand il faisait frais, on jouait à pêcher des poissons. L'après-midi, on jouait à monter dans les cocotiers pour cueillir les noix. Le soir, quand la fraîcheur revenait, on jouait à chasser le cochon sauvage. Mais vers le milieu du jour, et en plein ventre du soleil, on gagnait l'ombre, et on jouait ... le verbe n'avait plus besoin de complément. C'était le jeu par excellence. le plus innocent des jeux."
Robert Merle, Editions Gallimard
Plutôt que roman d'aventure, réflexion sur le racisme, la démocratie ...
Robert Merle, Editions Gallimard
Plutôt que roman d'aventure, réflexion sur le racisme, la démocratie ...
lundi 2 janvier 2012
Les intermittences de la mort
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| Papillon de nuit |
J'espère que tu ne seras pas chagrin de me voir citer un extrait de ton texte. Cela n'a pas été aisé, tu t'en doutes, comment choisir ? comment couper ? Mais j'avais besoin de tes mots pour approcher la mort.
Bises à Blimunda et heureuse éternité
Céline
"La femme prit le cahier de la suite numéro six de bach et dit, Ceci, C'est très long, cela prendra plus d'une demi-heure et il se fait tard, Je répète que nous avons le temps, Il y a un passage dans le prélude qui me cause des difficultés, Cela n'a pas d'importance, sautez-le quand vous parviendrez là, dit la femme, ou ce ne sera même pas nécessaire, vous verrez que vous jouerez encore mieux que rostropovitch. Le violoncelliste sourit, Vous pouvez en être sûre. Il ouvrit le cahier sur le pupitre, respira profondément, plaça la main gauche sur le manche du violoncelle, la main droite conduisit l'archet presque jusqu'à effleurer les cordes, et il commença. Il ne savait que trop bien qu'il n'était pas rostropovitch, qu'il n'était qu'un soliste d'orchestre quand le hasard d'un programme l'exigeait, mais ici, devant cette femme, avec son chien couché à ses pieds, à cette heure de la nuit, entouré de livres, de cahiers de musique, de partitions, il était johann sebastian bach lui-même, composant à köthen ce qui s'appellerait plus tard l'opus mille douze, des oeuvres presque aussi nombreuses que celle de la création. Le passage difficile fut franchi sans qu'il se fût aperçu de la prouesse qu'il venait d'accomplir, ses mains heureuses faisaient murmurer, parler, chanter, rugir le violoncelle, voilà ce qui avait manqué à rostropovitch, ce salon de musique, cette heure, cette femme. Quand il eut terminé, les mains de la femme n'étaient plus froides, les siennes étaient brûlantes, leurs mains se rencontrèrent donc sans surprise."
José Saramago, éditions du Seuil
jeudi 29 décembre 2011
Légendes
De Martin Winckler, éditions P.O.L
"Je ne sais pas quand commence cette curieuse dépendance, je sais qu'elle commence à Pithiviers au moment où je n'écris pas seulement des histoires mais aussi beaucoup de lettres.
Je n'écris pas encore aux écrivains. Je m'adresse à eux dans mes cahiers, car j'ai le vague sentiment qu'ils ne me répondraient pas. Et puis, comme je lis surtout des écrivains américains, j'ignore complètement où je pourrais bien leur envoyer une lettre.
J'écris aux journaux que je lis. Repérant un jour une erreur dans un dessin de John Buscema, sur un Marvel Comic rapporté d'Angleterre, j'écris au magazine pour la signaler - tout en précisant mon admiration pour Buscema et son Silver Surfer. On me répond quelques semaines plus tard en m'envoyant ... deux magazines flambant neufs, illustrés par mon dessinateur favori. Quelques mois plus tard, j'écris à Pilote une lettre très critique à laquelle René Goscinny répondra très gentiment."
Quand Martin Winckler raconte Marc Zaffran ... ou comment naît et grandit un écrivain.
"Je ne sais pas quand commence cette curieuse dépendance, je sais qu'elle commence à Pithiviers au moment où je n'écris pas seulement des histoires mais aussi beaucoup de lettres.
Je n'écris pas encore aux écrivains. Je m'adresse à eux dans mes cahiers, car j'ai le vague sentiment qu'ils ne me répondraient pas. Et puis, comme je lis surtout des écrivains américains, j'ignore complètement où je pourrais bien leur envoyer une lettre.
J'écris aux journaux que je lis. Repérant un jour une erreur dans un dessin de John Buscema, sur un Marvel Comic rapporté d'Angleterre, j'écris au magazine pour la signaler - tout en précisant mon admiration pour Buscema et son Silver Surfer. On me répond quelques semaines plus tard en m'envoyant ... deux magazines flambant neufs, illustrés par mon dessinateur favori. Quelques mois plus tard, j'écris à Pilote une lettre très critique à laquelle René Goscinny répondra très gentiment."
Quand Martin Winckler raconte Marc Zaffran ... ou comment naît et grandit un écrivain.
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