De Jean-Pierre Martinet, éditions Le dilettante
Georges Maman, acteur raté, et Dagonard, assistant de cinéma, passent une longue soirée ensemble. Qui se noiera le premier ?
"Oui, un chic type, au fond, on pouvait dire ça. Plein de tact et de délicatesse. C'était rare, dans le métier. Et, avec ça, toujours prêt à régler l'addition le premier. Comme dans les bons vieux westerns, il dégainait presque toujours avant son adversaire, et les protestations, les petits cris effarouchés, ne servaient à rien. En général, tout finissait bien : il casquait. Un dingue du carnet de chèques. Un maniaque de la signature ruineuse. On avait parfois l'impression qu'il avait quelque chose à se faire pardonner. Peut-être sa connerie, peut-être autre chose de moins apparent, comment savoir ? En tout cas, chapeau ! Il payait pour qu'on le supporte. Ils n'étaient pas si nombreux, ceux qui avaient ce genre de scrupules."
Jean-Pierre Martinet fut assistant-réalisateur à l'ORTF, critique à Matulu, et kiosquier à Tours (Libourne, 1944-1993).
Lire et écrire : on apprend ça à l'école. Je suis toujours une apprentie lectrice et écrivante, dans le lieu où je vis, la Jutière. Ce blog pour continuer avec et par d'autres amateurs de mots, sur un clavier. Bienvenue à vous.
mercredi 28 septembre 2011
jeudi 22 septembre 2011
Le syndrôme d'Ulysse
de Santiago Gamboa, éditions Métailié
Le narrateur est un jeune écrivain colombien arrivant à Paris : nombreuses rencontres dans un Paris plein de surprises. Après avoir cité les cahiers de Cioran, "il faut tâcher de se faire comprendre, un point c'est tout ; demeurer, si possible, intelligible, c'est un but à la fois difficile et modeste", il écrit : "Personne n'est obligé de s'intéresser à un livre, aussi bon soit-il, et personne n'est obligé de comprendre ce qui ne l'intéresse pas, aussi édifiant et véritable soit-il, alors je me dis quoi écrire ?"
Entrevue avec l'auteur dans le matricule des anges
Le narrateur est un jeune écrivain colombien arrivant à Paris : nombreuses rencontres dans un Paris plein de surprises. Après avoir cité les cahiers de Cioran, "il faut tâcher de se faire comprendre, un point c'est tout ; demeurer, si possible, intelligible, c'est un but à la fois difficile et modeste", il écrit : "Personne n'est obligé de s'intéresser à un livre, aussi bon soit-il, et personne n'est obligé de comprendre ce qui ne l'intéresse pas, aussi édifiant et véritable soit-il, alors je me dis quoi écrire ?"
Entrevue avec l'auteur dans le matricule des anges
mardi 20 septembre 2011
Elsa
Quatre récits de l'occupation, éditions Aden.
Elsa Triolet raconte le pays sous l'occupation. Le passage de la ligne de démarcation, la prison, et puis cette femme qui part se reposer à la campagne :
"Le clair de lune s'insinue par les volets entrebâillés. Tous les barrages sont rompus, le monde roule sur Jeanne, non, elle porte le monde en elle, sa tête est une mappemonde, avec tous les continents, les mers, les volcans, les glaces, et les neiges et les déserts, et les hommes, mon Dieu, les hommes, tous les hommes ... Se crever les yeux, voilà ce qu'il faudrait faire ! Se crever les yeux et le coeur, pour ne plus voir, ne plus savoir, ne plus sentir ... mon Dieu, faites que je ne sente plus !"
Elsa Triolet raconte le pays sous l'occupation. Le passage de la ligne de démarcation, la prison, et puis cette femme qui part se reposer à la campagne :
"Le clair de lune s'insinue par les volets entrebâillés. Tous les barrages sont rompus, le monde roule sur Jeanne, non, elle porte le monde en elle, sa tête est une mappemonde, avec tous les continents, les mers, les volcans, les glaces, et les neiges et les déserts, et les hommes, mon Dieu, les hommes, tous les hommes ... Se crever les yeux, voilà ce qu'il faudrait faire ! Se crever les yeux et le coeur, pour ne plus voir, ne plus savoir, ne plus sentir ... mon Dieu, faites que je ne sente plus !"
jeudi 15 septembre 2011
Alouette
Dezsö Kosztolanyi, éditions Viviane Hamy
Classique de la littérature hongroise. Atmosphère poussiéreuse des années 1900. Alouette, trop laide pour trouver un mari, reste avec ses parents vieillissants.
"Ces gens-là sont tous comme inaccessibles. Comme si tous vivaient sur une île, loin du monde, loin des lois humaines. Si encore il y avait un chemin qui vous mène là-bas. Jusqu'à cette île, jusqu'à cette assurance, jusqu'à ce masque. Mais il n'y a pas de chemin. On ne peut pas faire de la vie une comédie, on ne peut pas la vivre en costumes. Il y a des gens pour lesquels il ne reste que la douleur, la douleur informe, implacable, qui n'est bonne à rien et ne sert à rien, à rien qu'à faire mal, mal à l'intérieur duquel ils s'enfoncent, tristesse qui n'est qu'à eux dans laquelle ils creusent toujours plus profond leurs galeries sans fin, mine obscure qui finit par s'effondrer sur eux, ils se retrouvent prisonniers là, et pas de secours."
Classique de la littérature hongroise. Atmosphère poussiéreuse des années 1900. Alouette, trop laide pour trouver un mari, reste avec ses parents vieillissants.
"Ces gens-là sont tous comme inaccessibles. Comme si tous vivaient sur une île, loin du monde, loin des lois humaines. Si encore il y avait un chemin qui vous mène là-bas. Jusqu'à cette île, jusqu'à cette assurance, jusqu'à ce masque. Mais il n'y a pas de chemin. On ne peut pas faire de la vie une comédie, on ne peut pas la vivre en costumes. Il y a des gens pour lesquels il ne reste que la douleur, la douleur informe, implacable, qui n'est bonne à rien et ne sert à rien, à rien qu'à faire mal, mal à l'intérieur duquel ils s'enfoncent, tristesse qui n'est qu'à eux dans laquelle ils creusent toujours plus profond leurs galeries sans fin, mine obscure qui finit par s'effondrer sur eux, ils se retrouvent prisonniers là, et pas de secours."
dimanche 11 septembre 2011
Le mur noir
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| Le Normandie |
Retour en Suède après des années d'exil : le pays vit maintenant sous des masques grotesques, gangréné par la corruption. Retour au pays de l'enfance, à la recherche des origines. Retour au point de départ de l'existence, ultime course avec la maladie.
"Elle eut alors une réaction inattendue, un sentiment dont je n'avais pu apercevoir que de courtes étincelles. Une grande joie. Elle explosa presque, disant en bégayant que c'était merveilleux que je sois de retour, que cela lui ouvrait de nouveaux horizons dans la vie."
samedi 27 août 2011
lundi 22 août 2011
Agonie
Il était très vieux, avançait de plus en plus lentement sur les graviers. Un jour, des mouches lui ont tourné autour, et ont pondu leurs oeufs. J'essayé de le nettoyer, mais il n'était pas coopérant. Le lendemain, il est resté étendu toute la journée, se déplaçant pour trouver de l'ombre. J'ai vu que les asticots avaient grossi. Le vétérinaire a fait au mieux. Mais moi, n'ai-je pas prolongé son agonie dans le fol espoir d'une guérison ?
On causait de mouches ! Vous savez pas ce que c'est que de mourir de soif, mon général. Mais j'ai étudié ça, c'est assez bichant. Votre langue va d’abord gonfler. La déglutition deviendra de plus en plus pénible. Puis viendront les troubles auditifs, les troubles visuels, ensuite. C'est l’évolution classique. Les spasmes viendront plus tard précédant de peu l’agonie. C'est à ce moment là que les mouches attaqueront. — (Michel Audiard, Un taxi pour Tobrouk, 1961).
On causait de mouches ! Vous savez pas ce que c'est que de mourir de soif, mon général. Mais j'ai étudié ça, c'est assez bichant. Votre langue va d’abord gonfler. La déglutition deviendra de plus en plus pénible. Puis viendront les troubles auditifs, les troubles visuels, ensuite. C'est l’évolution classique. Les spasmes viendront plus tard précédant de peu l’agonie. C'est à ce moment là que les mouches attaqueront. — (Michel Audiard, Un taxi pour Tobrouk, 1961).
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